Brèves histoires des Centres sociaux

LES CENTRES SOCIAUX : UNE HISTOIRE A GRANDS TRAITS

Le premier centre social en France est constitué en 1896, à l’initiative de Marie Gahéry avec l’appui du Marquis Albert Costa de Beauregard. Il s’implante dans le XIe arrondissement de Paris et reçoit le nom d’Oeuvre sociale de Popincourt. Il reprend les postures fondamentales des « settlements », nés à Londres et aux USA à partir de 1884 : face aux injustices subies par les populations laborieuses et les divisions sociales qu’elles génèrent, il s’agit de faire oeuvre sociale, et non pas oeuvre charitable, c’est-à-dire d’établir, dans les lieux de vie, des liens de coopération émancipatrice entre des personnes de conditions économiques et culturelles différentes. Pour réussir une telle action, il faut que les « travailleurs sociaux » viennent résider dans le quartier populaire et y nouer des relations d’entraides, désintéressées et amicales, avec leurs voisins

Mercédès le Fer de la Motte prend le relais de Marie Gahéry et crée, en 1903, l’association La Maison sociale, avec les concours, notamment, de la baronne Inès Piérard et d’Apolline de Gourlet. En peu d’années, elle crée six Maisons sociales à Paris et dans sa banlieue, dont celle de Levallois Perret avec
Marie-Jeanne Bassot.

En 1922, Marie-Jeanne Bassot regroupe en une Fédération des centres sociaux de France (FCSF) les oeuvres sociales françaises partageant les mêmes objectifs. La Fédération pourra ainsi se joindre au premier congrès international des « settlements » qui aura lieu quelques mois plus tard à Londres et deviendra l’artisan d’un premier développement des centres sociaux à l’échelle nationale.

Le nombre des centres sociaux s’accroît significativement en France après 1945, d’abord à l’initiative des Caisses d’Allocations familiales qui cherchent à rendre plus accessibles aux familles leurs services médico-sociaux et sociaux, ensuite dans le cadre de l’équipement social des nouveaux grands ensembles d’habitation, souvent en lien avec des mouvements militants résidentiels. Ceux-ci contribueront à l’émergence de fédérations locales et à une représentation de plus en plus active des usagers dans les instances des centres et de leurs fédérations.

La fonction d’animation sociale locale et globale du centre social, de plus en plus pratiquée par les centres sociaux, se voit confortée en 1971 par la Caisse nationale des Caisses d’Allocations familiales (CNAF) qui donne un agrément au centre social en lui associant un financement appelé « prestation de service ». En 1984, cet agrément est décentralisé : chaque Caisse d’Allocations familiales locale a désormais compétence pour l’attribuer au centre social en fonction de projet social élaboré pour les quatre années à venir.

Dans les mêmes années, la Fédération, qui a modifié son nom pour devenir la Fédération des Centres sociaux et Socioculturels de France (1967), entreprend de réguler la professionnalisation des acteurs des centres sociaux. Elle ouvre ses instances délibératives fédérales aux usagers et aux salariés en sus des gestionnaires, en instituant dans ses statuts trois collèges (1970). Elle suscite la création d’un syndicat employeur, le Snaecso (1971) et elle appuye l’instauration d’une convention collective spécifique aux Centres sociaux (1983).

La sortie des « Trente glorieuses », les difficultés économiques et sociales vécues par les populations où sont implantés les centres sociaux, incitent ceux-ci à prendre de nouvelles initiatives, en lien avec les nombreuses politiques publiques, spécifiques ou de droit commun, engagées alors par les pouvoirs publics (Politique de la Ville, RMI/RSA, soutien à la parentalité, …). En l’an 2000 à Angers, les centres sociaux et socioculturels adoptent la Charte des centres sociaux et socioculturels qui énonce leurs valeurs de référence et leurs manières d’agir. Ils acquièrent ainsi une capacité à structurer leur action émancipatrice en lien avec les populations et les pouvoirs publics.

Mémoires Vives-Centres sociaux, Mai 2016

En savoir plus:

– Pour un historique plus précis vous pouvez vous référer au document « Une histoire des centres sociaux de France » de Paul Maguin.
En se référant à trois ouvrages majeurs sur l’histoire des centres sociaux, Paul Maguin retrace la chronologie des principaux événements concernant leur histoire et propose une problématique concernant les relations entre société et centres sociaux.

Vous trouverez le texte ici

– Pour une analyse de l’identité historique, Jacques Eloy propose « Six portes entrées dans l’histoire des centres sociaux ouvrant à la compréhension du projet qu’ils portent aujourd’hui. »

Vous trouverez le texte ici.